« Les objets sont devenus irréparables », dit un professeur d’économie et chantre liturgique de la décroissance. Justement, cette nuit j’ai rêvé d’un ancien cordonnier que j’ai bien connu dans mon ancien quartier à Nice, victime des importations de chaussures à prix social et irréparables, contraint in fine à la cessation d’activité à cause de l’absurdité stérile des délocalisations en Asie.

De surcroît, et c’est le plus pervers, des chaussures jetables par usure au bout d’un an, et par logique, renouvelables chaque année. Parrallèllement, de bonnes Weston ou des Mephisto même d’occasion à 50€ m’ont duré 10 ans car il me les entretenait. Elles me coûtaient pièce 100 €, entretien compris pour 10 ans d’usage, ce qui est préférable aux 20 € par paire Asiatique annuelle dans le même délai, d’un an de durée de vie, et soit d’un coût final pour 10 ans de 200 €. Le calcul est vite fait, c’est du simple au double.

Un ordinateur qui plante juste après sa garantie, une imprimante qui lâche sans raison, etc … ce n’est pas un hasard ni la fatalité d’un dysfonctionnement aléatoire mais une conception savamment étudiée et rodée avec la précision huilée d’une montre Helvète, qui en implémentant une longévité délibérément calibrée, provoque une réitération de consommation aux conséquences que l’on sait pour l’éco-système planétaire. Pour nourrir des individus exo-continentaux, la France et ceux qui importent des produits lointains à bas prix & de mauvaise qualité, le payent à 2 niveaux:

1 – sur place & de suite par le remplacement excessif de leurs produits, d’une part,

2 – et par leur conséquence sur la durée au niveau planétaire.

Je dis que c’est tout sauf du commerce équitable; il est même tout ce qu’il y a de plus pernicieux si on prend en compte la notion d’effet boomerang.

Il est question de: l’obsolescence programmée, qui désigne un objet mis au rebut, rendu hors d’usage malgré tous ses signes fonctionnels extérieurs.

L’Histoire se répète mais ne se recycle pas: les diligences à cheval sont remplacées par les trains trans-régionaux dans les Etats-Unis d’Amérique qui le sont ensuite par la voiture et ainsi de suite.

Sa nature: technique ou psychologique. Dans tous les cas provoquée. Un exemple que j’étais bien placé pour connaître est la rotation en spirale ascendante des envies et des goûts par l’action Marketing. En aucun cas celle des besoins concrets mais tout au plus des illusions de besoins qui touchent à l’égo et au tribalisme (ou reconnaissance de son Soi comme entité faisant partie du tout qui est le groupe). On travaille sur la pulsion identitaire, en relation à soi et aux autres. C’est le domaine du regard dualiste de Narcisse dans son rapport humain, qui s’abîme dans le vertige tourmenté du doute. 

L’exemple psychologique: la mode féminine, citée en cours de phénoménologie socio-économique, à quoi on pourrait apporter que, premièrement, elle n’est pas seulement dépendante de la psychologie de groupe, comme souvent enseigné et réduit, mais complémentaire de la psychologie individuelle, en symbiose. De plus, il ne serait vraiment pas luxueux aussi, de s’autoriser à l’étendre à toute la sphère sexuée car j’ai beaucoup à dire de la mode masculine, si bien illustrée par nos voisins les primaires au QI d’une huître qui sont autant de panneaux publicitaires ambulants à eux seuls, faisant la nomenclature de toutes les marques qui soient, vénérées presque au sacré par leur culte au signe extérieur d’ethno-centrisme. Les mêmes qui mettraient mère et soeur au trottoir pour s’afficher avec les dernières Nike Air, et la casquette Lacoste à l’envers, comme s’ils avaient tout compris du sens de la vie et comme si, seule sublimation spirituelle de la destinée humaine, prévalait l’ostentation des dernières pompes à la mode … Pauvre culture et pauvre Terre ! Vivement l’eugénisme !

Pour garantir la fluide dynamique de la consommation, les objets et les comportements doivent s’inscrire dans une logique de tendances, toujours se perpétrer. Etudiant, j’ai lu Bachelard qui disait de la potentialité subjective des individus, que l’inconscient collectif la mesurait à la visibilité de leur consommation et que, selon sa fameuse citation, « un être est d’autant plus consommable (sexuellement viril & attirant) qu’il consomme et qu’il fait étalage de sa consommation ». On interpelle là l’aspect pulsionnel et passionnel de sa structure psychologique profonde. Traduction: un grand nombre de superficiels attachent une estime à la somme des preuves évidentes de consommation et d’identification aux marques publicitaires, toutes, en vérité, destinées à entretenir le mythe de la cohésion sociale par la démonstration d’archétypes urbains illusoires. Je vous conseille la lecture de « Mythologies » de Roland Barthes (que j’ai toujours dans ma bibliothèque). C’est principalement valable, le lecteur l’aura saisi finement de lui-même, pour les esprits impressionnables, pour ne pas dire crétins, qui ne manquent pas sur Terre, 80% selon Nietzsche. Les jeunes désoeuvrés intellectuellement, peu pourvus de facultés cognitives discernantes, sont tristement les sous-produits de ce qui s’appelle la filière inversée de Galbraith. Leur activité cérébro-sociale qui n’est que fuite en avant consiste à se persuader d’un pouvoir par l’affichage des signes extérieurs de consommation. Le pouvoir non par l’Être mais par l’avoir. Non par la discrétion mais par l’apparence, le tapage visuel. Non par la sérénité mais par l’agitation.

Pour accélérer cette consommation, l’idée est d’y introduire une faille pour qu’ils tombent en panne au moment choisi par le concepteur, jamais par son utilisateur.

Les faits: le cas-type de l’oxymorique Iphone 5 à la fois présenté comme un succédané différemment identique de l’Iphone 4, présenté aussi dans la foulée comme démodé, et sciemment rendu incompatible, techniquement, avec les équipements préalables.

Les effets: on est à l’ère mercantiliste de la Bête, le 666, comme nommé dans la Bible. Les clients sont tout à la fois les précurseurs de ce Mal, par leur amorce à effet siphon qu’ils génèrent au travers de leur libre cours intempestif et incontrôlé du « Acheter plus pour être pauvre encore plus », et tout à la fois les perdants. Dans le documentaire dont je vous partage le lien en fin d’article, vous ne pourrez qu’être éloquemment marqués par le cheminement des ressources sous-terraines pétrolifères et minérales, qui sont déterrées des profondeurs à un rythme soutenu pour, sitôt transformées et manufacturées, s’étendre horizontalement à la surface du globe en une pandoresque multitude de  dérivations technologiques, pour la moitié d’entre elles futiles, mais chose sûre, qui terminent leur voyage en déchets sur terre ferme en Afrique.

Des solutions résistantes à ce cycle infernal existent, telles par exemple des associations humanistes et écologiques dont on salue au passage toute la sage pertinence et la noble intelligence de leur dessein, celles que peuvent être, pour les nommer, [Comput Yourself] et [Le Zinc] Zone d’Initiative Citoyenne, basées au « Paul Etudiant«  du campus universitaire Paul Sabatier à Toulouse, et à l’activité quasi missionnaire puisqu’en charge de l’entretien, de la maintenance, de la réparation et même de la customisation des biens qui leur sont confiés. Il s’agit respectivement pour Comput Yourself de vos ordinateurs et pour le Zinc de vos vélos chéris.

Deux belles allégories associatives de ce que l’humain peut faire de plus efficace et convivial dans l’optimisation de vos biens, les protégeant du diktat de la pénurie par la mise en oeuvre des conditions visant à en améliorer leur durée de vie. Des personnes à votre service, compétentes, dévouées et toujours promptes à vous accompagner dans votre relation à votre moyen de locomotion comme de votre outil de travail, le conseil en plus.

Trois règles que je m’applique et dont j’en fais mon hygiène de vie pour contrer les affres & les désillusions de l’obsolescence programmée: détournement, recyclage et réparation. Je n’achète pas un objet supplémentaire, 1 – que je peux obtenir en détournant la fonction d’un autre produit à emplois multiples, 2 – que je sais pouvoir me fabriquer à partir de pièces revalorisées d’un déchet domestique / industriel, 3 – que je peux réparer, avec un minimum de bonne volonté et d’organisation.

L’avantage de l’auto-innovation ex nihilo d’un bien s’appuyant sur des matériaux tiers, c’est que vous les faîtes durer en leur donnant une seconde vie, de fait. Et parce que on n’est jamais mieux servi par soi-même, c’est votre produit fini, l’artefact, qui aussi va durer autrement plus longtemps, l’originalité en prime, que sorti des chaînes de montage d’une usine animée du seul souci spéculatif d’une production mercantile d’objets éphémères voués nativement à la panne. Pire encore que l’implémentation planifiée dès la conception, d’une inopérabilité artificiellement inexorable de l’article acheté, tâchant de rendre la durée du service rendu de l’article de plus en plus brève, l’obsolescence programmée s’est encore plus durcie ces dernières années. Elle a franchi un pas de plus dans le Rubycon en inondant le marché de produits où l’intervention humaine post-achat du client n’est pas même envisageable. Toute opportunité ou espoir de manipulation ultérieure sont exclus à la source. Je fais par exemple allusion aux rasoirs Gillette, moulés d’un tenant, d’une quantité de composants réduite à sa plus simple expression. Les néo-objets modernes sont mono-élémentaires, ils ont été voulus unitaires, soudés, indéhiscents, n’autorisant aucune chirurgie possible du client. Ne tend désormais à régner plus que l’objet One Shot, à usage unique, jetable et renouvelable, conforme au souhait des fabricants toujours plus assoiffés de profits jusqu’au surréaliste.

Cliquez sur ces deux liens suivants:  Ancien rasoirNouveau rasoir.

Au moins avec l’ancien on pouvait aiguiser soi-même ses lames pour les faire durer. On pouvait, sa lame usée, la changer de côté ou au pire la remplacer seule plutôt que le rasoir tout entier. Le vintage avait du bon.

Donc, chaque fois que vous le pouvez, crééz vos propres produits à partir de matériaux de récupération. C’est la réponse saine et logique à cette dynamique acharnée du productivisme obsédé par encombrer toujours plus les usagers et la planète d’objets irréparables chaque fois plus fugaces en espérance de vie. A cet égard, sachez que vous pouvez tout vous créer ou presque avec du bois de palettes. La preuve par le clic sur ce lien.

A ces 3 règles, on ajoutera une quatrième, mes dénonciations citoyennes, qui fondent la trame de mon expérience activiste. Plus à titre purement personnel mais cette fois à vocation philanthrope, et que j’ai manifestées par diverses voies allant du collage d’affiches à mes anathèmes, diatribes et objurgations dont j’instille le Web au travers de mes différents Blogs sans concession. C’est sous leurs formes multimedias, des pavés textuels incisifs, des vidéos, des prospectus … tout ce qui perceptiblement blâme nommément des fabricants hérétiques coupables du délit de concevoir & vendre des produits viciés d’une programmation artificielle et préméditée. Ce que j’appelle purement et simplement un sabotage intentionnel du produit, qui revient à être un vol qualifié, en pleine connaissance de cause.

Un exemple est, à leur manière, la performance urbaine des frères Neistat qui ont gagné un procès contre les pervers Apple, après avoir déploré, prouvé et colporté que sciemment et secrètement Apple configurait ses batteries d’Ipod pour, au grand dam de ses clients, restreindre leur durée de vie « pile » à 18 mois. 😦

En attendant un modèle consensuel d’harmonie entre les mentalités des industriels au regard des ressources terrestres et des attentes consuméristes du public, bonne continuation. Eryc.

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Nouvelle de dernière minute, j’apprends que Chuk Norris a approuvé mon article.