La loi de Murphy est une loi empirique énonçant que si quelque chose peut mal tourner, alors cette chose finira infailliblement par mal tourner. Une autre version du même adage indique que s’il existe au moins deux façons de faire quelque chose et qu’au moins l’une de ces façons peut entraîner une catastrophe, il se trouvera forcément quelqu’un quelque part pour emprunter cette voie…

Cette loi peut être vue de deux manières : l’une, humoristique, est de prendre cette loi à la lettre, et de l’ériger en principe de pessimisme. Vu sous cet angle, la loi de Murphy est le constat, élevé au rang de principe fondamental de l’univers, que tout doit se produire pour le pire. Dans ce sens, la loi est aussi appelée loi de l’emmerdement maximum.

L’autre vision consiste à voir la loi de Murphy comme une règle de conception. Vu de cette manière, on ne considère pas la loi de Murphy comme vraie, mais on conçoit tout système comme si la loi était vraie. En particulier, un équipement doit être à l’épreuve, non seulement des accidents les plus improbables, mais aussi de manœuvres complètement stupides de la part de l’utilisateur. Elle justifie donc les principes de la conception de sûreté préconisant de planifier et d’éliminer dès la conception les possibilités de mauvaise utilisation, par exemple à l’aide de détrompeurs.

Énoncés :

Loi de Murphy :

« S’il y a plus d’une façon de faire quelque chose, et que l’une d’elles conduit à un désastre, il y aura alors quelqu’un pour s’y prendre de cette façon. »

Loi de Finagle :

« Toute chose qui peut mal tourner, tourne mal. »

Principe :

La loi de Murphy a 3 aspects :

L’un est bien évidemment un canular : la « méchante nature » fait échouer toute expérience, par des moyens tout à fait imprévisibles.

Dans cette formulation, cette loi est une excuse invoquée lors de toute expérience qui échoue, surtout en milieu d’enseignement, quand il est impossible de déterminer s’il y a eu erreur de manipulation ou si le laboratoire permet aux effets parasites de prendre le pas sur l’effet à mettre en évidence.

« Pour transformer un résultat faux en résultat juste, il suffit de lui ajouter une constante variable de même dimension adéquatement choisie que l’on nommera « constante de Murphy » » ( encore appelée « constante de Lourdes » — bien entendu cette constante n’en est pas une puisqu’elle est différente pour chaque expérience ). Certains pensaient que la constante cosmologique d’Einstein relevait d’une telle imposture.

L’autre est de type statistique : si beaucoup de personnes actionnent un appareil et qu’il existe ne serait-ce qu’une façon de se tromper, il existera statistiquement des gens qui le feront. Et c’est d’eux seuls que le service après-vente entendra parler. Cette seconde forme de la loi est confirmée par l’expérience et a conduit à l’utilisation généralisée de la conception de sûreté.

Le dernier est psychologique : c’est le problème de perception dissymétrique bien connu en psychologie et en communication : un effet négatif a toujours plus de répercussion qu’un effet positif. Par exemple, si une action échoue, on évoquera la loi de Murphy, mais si elle réussit, on ne se dira pas que la loi de Murphy a été mise en défaut. Nous ne remarquons pas les trains qui arrivent à l’heure, juste ceux qui sont en retard.

Réflexivité :

Pour empirer encore les choses par rapport à ce qu’énonce la loi de Murphy, la méthode la plus courante est d’utiliser la réflexivité.

On convient donc que la loi de Murphy est réflexive, et s’applique à elle-même. Rien ne garantit qu’un événement va mal tourner lorsque justement, en vertu de la loi de Murphy, on s’y attend. Cela peut conduire à des assertions telles que : « Il va se mettre à pleuvoir dès que je commencerai à laver ma voiture, sauf si je veux laver ma voiture dans le but qu’il pleuve. » ou celle bien connue des étudiants « Un examen commence toujours avec un quart d’heure de retard, sauf le jour où l’on arrive avec un quart d’heure de retard. »

Pour accentuer le côté paradoxal, on peut aussi l’énoncer ainsi : « La loi de Murphy se vérifie toujours, sauf quand on cherche à la vérifier » ( cercle vicieux de Cavey ).

Dysfonctionnements similaires dus à la loi de Murphy :

« Le pire n’est jamais sûr. »

« Nul n’est parfait… surtout pas les autres. »

« L’informatique n’est pas une science exacte, on n’est jamais à l’abri d’un succès. »

Cette réflexivité mène à un syllogisme :

« Toute tentative ratée de mettre en évidence la loi de Murphy est une mise en évidence de la loi de Murphy »

L’une des conséquences du caractère réflexif de la loi de Murphy est qu’elle n’est démontrable qu’à soi-même. Ce serait alors toujours le jour où l’on se plaint d’un manque de chance récurrent que la chance tournerait.

Historique :

Les versions diffèrent sur l’origine précise de la « loi de Murphy », et sa formulation initiale.

De 1947 à 1949 aux États-Unis d’Amérique, fut conduit le projet MX981 à la Base Muroc de l’US Air Force, plus tard rebaptisée base Edwards. Le but du projet était de tester la tolérance humaine à la décélération. Les tests utilisaient un chariot propulsé par une fusée et monté sur un rail, avec une série de freins hydrauliques en fin de parcours.

Les premiers tests utilisaient un mannequin, attaché à un siège sur le chariot, mais le mannequin fut bientôt remplacé par le capitaine John Paul Stapp. Pendant ces tests surgirent des questions sur la précision de l’instrumentation utilisée pour mesurer la décélération endurée par le capitaine Stapp. Edward Murphy proposa d’utiliser des jauges électroniques de mesure d’efforts attachées aux pinces de retenue du harnais du capitaine Stapp, pour mesurer les forces exercées sur chacune de ces pinces durant la rapide décélération. L’assistant de Murphy câbla le harnais et un test fut réalisé avec un chimpanzé.

Cependant, les capteurs indiquèrent une force nulle. Il apparut que les capteurs avaient été montés à l’envers. C’est à ce moment que Murphy, frustré par l’échec dû à son assistant, prononça sa célèbre phrase : « If that guy has any way of making a mistake, he will » ( que l’on peut traduire par « Si ce gars trouve le moyen de faire une erreur, il la fera. » ).

Selon la version de George Nichols, ingénieur présent lors de cette expérience, la formalisation de la « loi de Murphy » vint pendant une discussion avec les autres membres de l’équipe. Elle fut condensée en « Si cela peut se produire, cela arrivera » et nommée loi de Murphy pour se moquer de ce que Nichols perçut comme de l’arrogance de la part de Murphy.

D’autres, et particulièrement Robert Murphy, l’un des fils d’Edward Murphy, nient cette version et clament que la phrase de Murphy était plutôt dans l’esprit de « If there’s more than one way to do a job, and one of those ways will result in disaster, then somebody will do it that way. » ( « S’il y a plus d’une façon de faire quelque chose, et que l’une d’elles conduit à un désastre, alors il y aura quelqu’un pour le faire de cette façon. » ).

Dans les deux cas, la phrase connut la notoriété après une conférence de presse dans laquelle il fut demandé à Stapp comment il était possible que personne n’eût été gravement blessé durant les tests. Stapp répondit que cela avait été possible car ils avaient pris la « loi de Murphy » en considération, loi qu’il expliqua. Il ajouta que, en général, il était important de considérer toutes les possibilités avec un test.

L’énoncé de la loi de Murphy s’implanta rapidement dans les milieux techniques associés à l’aéronautique, puis à ceux associés à d’autres domaines de l’ingénierie ; au fil des années, plusieurs variantes communes se sont répandues dans le grand public, dont la version maintenant désignée comme loi de Finagle.

Lois dérivées ou apparentées :

La loi de la tartine beurrée : « une tartine beurrée tombe toujours sur le côté beurré ». Application la plus célèbre de la loi de Murphy, elle fait l’objet d’une étude détaillée. Il s’agit également d’une expression parfois utilisée comme synonyme de « Loi de Murphy ».

La loi de l’emmerdement maximal ou loi de l’emmerde maximale ou LEM. Il semble que l’origine de cette loi soit militaire. Cette loi dispose que s’il y a une faille ou un défaut dans un plan de bataille, il y a de grandes chances pour que l’ennemi l’exploite, car invariablement il analysera toutes les options possibles.

Cette loi est sans doute bien antérieure à la loi de Murphy, et il est possible qu’elle remonte à la Première Guerre mondiale. La « LEM » est parfaitement illustrée sur un mode humoristique dans le sketch de Jean-Marie Bigard « La valise RTL ».

L’effet démo : un objet, un logiciel, etc., utilisé au quotidien sans incident présentera un dysfonctionnement lors d’une démonstration, surtout en public. On parle aussi du démon de la démo. Exemple : la présentation des différents Windows par Bill Gates (s’achevant par le célèbre écran bleu de la mort).

L’effet Bonaldi, relativement connu en France en référence aux démonstrations de Jérôme Bonaldi ratées sur le plateau de l’émission Nulle Part Ailleurs ou On a tout essayé alors que réussies pendant les répétitions.

La loi de Finagle :

« S’il existe une possibilité pour qu’une expérience échoue, elle échouera. »

« Si quelque chose de mal peut se produire, cela arrivera. »

Une version extrême de cette loi dit que « s’il y a la moindre possibilité que ça rate, ça ratera ; s’il n’y en a aucune, ça ratera quand même. »

Lois scientifiques détournées :

La loi de Finagle est parfois formulée ainsi : « La perversité de l’Univers tend vers un maximum », généralisation caricaturale du deuxième principe de la thermodynamique qui stipule que toute transformation réelle s’effectue avec création d’entropie ; l’entropie étant en quelque sorte le désordre de l’énergie, on peut présenter la seconde loi de la thermodynamique de manière un peu biaisée pour la faire apparaître comme une caution scientifique de la loi de Murphy ou de Finagle.

Une autre loi scientifique qu’on peut faire passer pour proche de la loi de Murphy est la loi de Lenz-Faraday. Cette dernière décrit à la base le phénomène physique à l’origine du fait que le mouvement d’une barre de métal dans une spire crée un champ magnétique qui tend à déplacer la barre dans le sens opposé. Par extension, il est fait référence à la loi de Lenz pour caractériser tout phénomène se produisant ( en apparence ) à l’opposé de ce que l’on aurait souhaité.

Corollaires et extensions :

Le rasoir d’Hanlon : « N’attribuez jamais à de la malignité ce qui peut s’expliquer bien plus simplement par de la bêtise » ( ce principe a également été énoncé par Bertrand Russell ).

L’échec critique : « L’échec a toujours lieu au moment le plus inopportun » ( souvent cité dans les jeux de rôle ).

La loi de Sturgeon : « 90 % de toute chose est de la merde ».

La loi des séries, qui postule qu’un événement désastreux doit en entrainer d’autres, similaires, à sa suite. On dit alors qu’ « un ennui n’arrive jamais seul », ou encore « il y a des jours comme ça où on ferait mieux de rester au lit ».

D’un point de vue sérieux, les études montrent que la loi des séries est en fait un biais de l’esprit humain, qui a tendance à relever bien plus les successions exceptionnelles, même si elles ne sont statistiquement pas improbables, que les cas où justement les accidents ne se produisent pas en série.

On remarque que la durée de la série d’avanies subie est directement proportionnelle au carré de la gravité des dites avanies, une série vénielle ne durant rarement plus d’une journée, très exceptionnellement jusqu’à une semaine, une gravité beaucoup plus prononcée pouvant conduire au concept d’  » annus horribilis « .

On constate également que tout ce qui peut être entrepris pour tenter d’enrayer la « série noire » semble généralement et irrémédiablement voué à l’échec, pouvant même se révéler à l’occasion générateur de nouvelles et récurrentes avanies, exacerbant par là même une paranoïa grandissante.

Un nombre x de méthodes de calcul apporte au moins x résultats différents.

La loi de Deniau : « D’abord les ennuis s’additionnent, ensuite ils se multiplient[5] » (énoncée par Jean-François Deniau).

La loi de Stein : si un phénomène ne peut continuer indéfiniment, il s’arrêtera. Cette loi fut énoncée par Herbert Stein, président du Council of Economic Advisers, sous la présidence de Richard Nixon. Cette loi décrit les limites d’un système en déséquilibre, et peut être considérée comme un corollaire de la loi des séries décrite ci-dessus.

La loi de la trahison : si un individu a les moyens, l’occasion et les motifs pour trahir, il trahira.

La loi du boomerang : une mauvaise action qui ne détruit pas l’adversaire entraîne en retour une vengeance plus terrifiante que l’action qui l’a suscitée. Les bombardements de Londres et de Coventry ont incité la RAF à entreprendre les bombardements stratégiques sur l’Allemagne et notamment à raser la ville de Dresde le 14 février 1945.

La loi du texte imparfait : un texte de loi aux termes équivoques sera utilisé par les juristes dans le sens qui leur semblera le plus avantageux à un moment donné. Un même juriste tournera la même loi dans des sens différents s’il y trouve son intérêt.

La loi du grain de sable : on peut réussir un exploit titanesque et être terrassé par une difficulté minime, un impondérable de derrière minute. Voir les films « Mélodie en sous-sol » et « Les Morfalous ».

La loi de complexification : plus un plan est complexe, plus il risque d’échouer, plus il est simple, plus il a de probabilités d’aboutir.

La loi de la confiance : plus un individu insistera pour obtenir votre confiance, plus il risque de la trahir.

La loi du dictateur : plus un dictateur est sanguinaire, plus il sera adulé.

La loi de Munich : les meilleures intentions entraînent les pires effets.

Combat et opérations militaires : La loi de Murphy s’applique bien entendu tout particulièrement sur les champs de batailles et lors des guerres.

N’ayez pas l’air important, ça attire les tirs.

En cas de doute, videz votre chargeur.

Ne partagez pas un trou d’homme avec quelqu’un de plus courageux que vous.

N’oubliez jamais que votre arme a été fabriquée par le moins-disant (c’est-à-dire le moins cher).

Si votre attaque se déroule vraiment bien, vous tombez dans une embuscade.

La diversion ennemie que vous ignorez est en fait l’attaque principale.

Le travail en équipe est essentiel : il offre à l’ennemi d’autres cibles.

Si vous êtes devant vos positions, votre artillerie va tirer trop court.

La voie la plus directe est toujours minée.

En cas d’oubli : la mine anti personnel est pointée droit vers vous.

Si l’ennemi est à portée de tir, vous aussi.

Les balles traçantes marchent dans les deux sens.

Les radios tomberont en panne quand vous aurez désespérément besoin d’aide.

Tout ce que vous ferez peut vous tuer – même ne rien faire.

Si une seule solution peut être trouvée pour un problème sur le terrain, ce sera probablement une solution stupide.

Si c’est stupide mais que ça marche, ce n’est pas stupide.

Le camp avec l’uniforme le plus simple gagne (Marine Reserve Major Mark Cancian).

Mécanique :

Les câblages mis à longueur avant fourniture sont toujours trop courts.

La loi de la gravitation sélective : un objet tendra toujours à tomber là où il causera les plus gros dégâts ou encore, un objet tendra toujours à tomber là où il sera le plus inaccessible.

Logistique :

La disponibilité d’un matériel est inversement proportionnelle à l’urgence de la réparation.

La probabilité de panne d’un équipement est inversement proportionnelle à son accessibilité.

Les paramètres sont toujours indiqués dans les unités les moins pratiques ( exemple : vitesse exprimée en Angström/semaine – programme Airbus )

Gestion de programme : lors d’une recherche de panne, la cause est toujours celle qui est écartée la première car étant au-dessus de tout soupçon ( fusée Ariane ).

Lors de la caractérisation d’un équipement en fonction de ses erreurs négatives et positives, l’erreur globale de l’équipement est égale à la somme de toutes les erreurs, en valeurs absolues.

Les tableaux, listes d’abréviations, etc. sont toujours là où on s’en doute le moins.

Les objets se situent toujours au dernier endroit où on les cherche. ( Il s’agit encore d’un exemple de loi de Murphy apparente, en réalité une tautologie : une fois l’objet trouvé, on cesse de le chercher. Donc, même si on trouve l’objet au premier endroit, il s’agit aussi du dernier endroit où on l’a cherché ).

Informatique, programmation, techniques :

La loi de Paquel : la caractéristique la plus constante de l’informatique est la capacité des utilisateurs à saturer tout système mis à leur disposition.

La loi de Barton sur le mauvais côté de l’USB : Lorsque l’on branche une prise USB sur un ordinateur, on est certain de la brancher du mauvais côté. On peut démontrer la loi pour ce genre de geste quotidien en considérant qu’on ne perçoit pas les occurrences où on la branche correctement.

La loi de Tommy : la loi de Murphy au carré, LEM². Tout ce qui est susceptible de mal tourner, tournera nécessairement encore plus mal que prévu.

Psychologie infantile :

Un enfant en bas âge va systématiquement préférer le jouet le plus sale ou le plus dangereux, quel que soit le choix dont il dispose.

Peu importe le prix du cadeau que l’on achète à un enfant, c’est avec l’emballage qu’il voudra jouer.

Transport :

Le jour où vous aurez un rendez-vous capital les transports publics seront en grève, les taxis seront indisponibles et votre automobile sera en panne.

Transports en commun :

La vitesse des moyens de transport est inversement proportionnelle au temps total perdu (attentes, correspondances et retards).

Travail :

La loi de Cuvelier : plus un travail est inutile, voire nocif pour la société, mieux il sera payé.

Loi de Murphy :

La loi de Murphy appliquée à elle-même : lorsque l’on parle à quelqu’un de la loi de Murphy et que l’on fait un test pour montrer la véracité de cette loi, l’expérience réussit ( contredisant ainsi la loi de Murphy ).

Théorie scientifique :

« Principe de Darwin » : Plus une théorie est vraie, moins elle est crédible.

Quelques cas où la loi se démontre :

Il existe quelques cas dans lesquels une analyse rigoureuse montre que l’effet négatif n’est pas une perception, mais a une explication logique.

File d’attente de supermarché, ou bouchon sur l’autoroute :

Si l’on est dans une file d’attente quelconque, située entre deux autres, il y a deux probabilités sur trois que l’une des deux files adjacentes soit plus rapide que la sienne. Cela est logique : de trois files, chacune n’a qu’une probabilité sur trois d’être la plus rapide, et la sienne ne fait pas exception. Dans les faits, la probabilité d’être dans la moins rapide est de 33 %, tout comme dans celle qui est la plus rapide ou celle qui se trouve entre les deux.

Évidemment il en va autrement dans la forme humoristique de cette loi : par exemple dans le film 35 heures c’est déjà trop, chaque fois que le héros change de file, la file d’arrivée devient la plus lente.

Heures de pointe :

Beaucoup plus de voyageurs prennent les transports en commun aux heures de pointe qu’aux heures creuses. C’est donc parmi ce type de voyageurs que l’on a le plus de probabilités de se trouver.

Attente d’un autobus :

Quand on attend un bus passant à intervalles irréguliers, on a plus de probabilités de tomber dans un intervalle long que dans un court. À la limite, si deux bus se suivent à juste une minute d’écart, on a très peu de probabilités d’arriver à l’arrêt de bus juste dans cet intervalle.

Étude de cas : La loi de la tartine beurrée :

La « loi de la tartine beurrée » énonce que la tartine tombe toujours du côté beurré. Cette doléance a deux réponses :

l’une est une boutade : n’accusez pas le sort pour nier vos responsabilités : c’est vous et vous seul qui avez beurré votre tartine du mauvais côté ;

la seconde envisage que le côté beurré, surtout s’il s’y trouve également de la confiture, est peut-être tout simplement un peu plus lourd que l’autre.

Études sur la probabilité :

Dans le cas de la tartine beurrée, des études ont montré que la probabilité que cet énoncé se vérifie dépend fortement de la hauteur de la table, dans des conditions normales de beurrage (monoface) et avec des tartines standard.

Pour une hauteur de table standard, on démontre analytiquement que la tartine, habituellement beurrée sur sa face supérieure, aurait juste le temps d’effectuer un demi-tour lors de sa chute et ainsi de s’étaler irrémédiablement sur la face beurrée au sol ( pour bien faire, il faudrait donc beurrer la face inférieure… ce qui est loin d’être facile sans retourner la tartine ; dans le cas contraire, la face inférieure deviendrait la face supérieure et tous nos efforts pour que le beurre ne touche pas le sol seraient inutiles ). De telles « recherches », si tant est qu’elles aient trouvé un financement, se qualifieraient sans nul doute pour le prix Ig Nobel.

Cette recherche fut réalisée et a effectivement reçu un Ig Nobel. Robert Matthews, physicien, membre de la Royal Astronomical Society et de la Royal Statistical Society, reçut le prix Ig Nobel de physique en 1996. Ne pouvant se rendre à la cérémonie de remise des prix, il envoya un discours enregistré, qui pareil aux Murphy’s Laws, arriva quatre jours après la cérémonie.

Il relança l’expérience, en 2001, grâce au magnifique outil qu’est la statistique. Des écoliers de tout le Royaume-Uni ont réalisé 21 000 lancés de tartines. Et il se trouva que le côté beurré obtint un taux de 62 %. Ce qui permet de clouer le bec aux personnes qui prétendent que la chute de la tartine est entièrement due au hasard.

Grâce à cela, Robert Matthews a définitivement et doublement démontré, tant sur le plan théorique qu’expérimental que la nature a effectivement horreur du vide d’un parquet fraîchement nettoyé ! Si on regarde le phénomène d’un point de vue strictement mécanique, la densité du beurre est plus importante que celle du pain, ainsi la tartine est en équilibre instable : le centre de gravité est situé au-dessus du centre de surface. Elle aura donc tendance à se retourner en position d’équilibre stable.

Du strict point de vue de la dynamique des solides, le mouvement de chute d’une tartine est totalement paramétrable et prévisible. Le fait est que la chute de la tartine commence presque systématiquement par une rotation, que ce soit autour du rebord de la table ou autour d’un doigt de la main de laquelle s’échappe la tartine. Ainsi, le côté sur lequel va atterrir la tartine dépend de deux choses: la vitesse de rotation initiale et la hauteur de chute. Pour que la tartine tombe du côté sec, il faut qu’elle ait le temps de réaliser une rotation complète. Or, ceci dépend du temps dont elle dispose avant de toucher le sol. La raison pour laquelle la tartine ne tombe pas toujours côté beurré est que la rotation initiale n’est pas constante selon les personnes. Si l’on venait à effectuer une campagne de test en ayant toujours les mêmes paramètres initiaux, on obtiendrait un taux de retournement, au choix, proche de 0 % ou proche de 100 %.

Extensions humoristiques :

Dans le cas de la loi de la tartine beurrée, les études rigoureuses ont montré que sur la probabilité de tomber du côté du beurre, la loi de Murphy fournit en fait une intuition qui se vérifie.

Toutefois, les spécialistes de l’humour portant sur la loi de Murphy ont proposé des corolaires qui rendraient la vie bien pire encore, s’ils n’étaient pas complètement injustifiables rationnellement.

L’un de ces corollaires propose que la probabilité de chute « côté beurre » (ou, si on a déjà admis que la chute fini toujours du côté du beurre, la probabilité de la chute elle-même) est proportionnelle, d’une part au prix de l’éventuel tapis, d’autre part au caractère récent du dernier nettoyage. On peut de même proposer que ces probabilités croissent lorsque le beurre est recouvert de confiture ou de miel.

Enfin, la loi de la tartine beurrée possède un corollaire (le corollaire de Blumenfeld) : si vous beurrez une tartine et qu’elle tombe du côté non beurré, c’est que vous aviez beurré le mauvais côté.

Paradoxe du chat beurré :

Prendre à la lettre la loi de la tartine beurrée a abouti à une autre plaisanterie : le ‘’ Paradoxe du chat beurré ‘’, ou paradoxe de la lévitation félino-tartinique si on veut parodier les expressions scientifiques compliquées : « Les lois de la tartine beurrée stipulent de manière définitive que le beurre doit toucher le sol alors que les principes de l’aérodynamique féline réfutent strictement la possibilité pour le chat d’atterrir sur le dos. Si l’assemblage du chat et de la tartine devait atterrir, la nature n’aurait aucun moyen de résoudre ce paradoxe. C’est pour cela qu’il ne tombe pas. » ( Marcel Gotlib in la Rubrique-à-brac ).

Application à la démarche de conception :

Article détaillé : Conception de sûreté.

La loi de Murphy est à l’origine du concept de « defensive design » ( ergonomie de sécurité ou conception de sûreté ) qui préconise de concevoir les objets pour qu’ils présentent la plus faible probabilité de mauvaise utilisation ( par l’ajout de détrompeurs, par exemple ).

L’objectif du « zéro défaut » étant posé clairement, la parade est l’idée de systèmes avec lesquels on ne peut pas se tromper, dits en Allemagne  » Idiotensicher « , et dans les pays anglophones fool-proof. Mais derrière cette « parade » se cache en réalité une démarche fondamentale appelée l’analyse de la valeur, et caractérisée par la boîte noire de la psychologie.